la vidéo horlogère.
Trois contraintes
que personne d’autre n’a.
La position des aiguilles est fixée par la charte à la seconde près, le verre saphir réfléchit près de deux fois plus qu’un verre ordinaire, et la profondeur de champ s’effondre aux grossissements nécessaires.
L’heure n’est pas une décision créative
L’imagerie horlogère affiche 10 h 10 depuis les années 1950 : les aiguilles encadrent le logo, ne recouvrent pas les compteurs, et dessinent un sourire. Ce que l’on sait moins, c’est que chaque maison a sa valeur exacte.
À la seconde près. En photo, c’est une question de patience. En vidéo, cela signifie que la trotteuse doit être arrêtée ou pilotée pendant toute la durée du plan — une contrainte de tournage à part entière, qui se décide en préparation, jamais sur le plateau.
Le saphir réfléchit deux fois plus
L’indice de réfraction du saphir est d’environ 1,77, contre 1,50 pour un verre minéral courant. En appliquant la relation de Fresnel, cela donne près de 7,7 % de réflexion par interface, contre 4 %. Sur deux interfaces, une glace non traitée renvoie donc bien davantage de lumière parasite. C’est la raison physique du traitement antireflet — et pourquoi une pièce qui n’en a pas transforme un plateau en exercice de contorsion.
La profondeur de champ s’effondre
Un boîtier fait 40 mm. Ce qui fait sa valeur — l’anglage d’un pont, le grain d’un cadran soleillé, l’arête d’une aiguille — se mesure entre 0,05 et 2 mm. On travaille donc entre 1:1 et 5:1, où l’ouverture réelle n’est plus celle inscrite sur la bague.
Fermer le diaphragme détruit la résolution par diffraction et coûte deux à cinq diaphragmes de lumière. Les seules issues : basculer le plan de netteté selon Scheimpflug, empiler les mises au point image par image, ou écrire le plan autour d’un point de netteté qui se déplace.
Filmer un mouvement
mécanique.
Un calibre standard bat à 28 800 alternances par heure, soit 4 Hz, soit huit alternances par seconde. Pour lire le contact entre la dent d’ancre et la palette, il faut filmer autour de 1 000 images par seconde — ce qui exige environ 38 fois plus de lumière qu’un plan normal.
Ce que chaque cadence permet
- 120 i/s — le balancier est lisible, l’échappement reste du flou.
- 240 i/s — environ 30 images par alternance : suffisant pour l’amplitude et le rythme, insuffisant pour figer l’impact.
- 1 000 i/s — 125 images par alternance. On voit le déblocage, l’impulsion et la chute. C’est là que le film devient une démonstration technique et plus une illustration.
Le tourbillon, lui, tourne en une minute. Il ne se filme pas vite : il se filme net, et c’est un tout autre problème.
Le scintillement, et pourquoi il tue un plan
Au-delà de 100 images par seconde, l’alimentation des sources devient un sujet.
- Tungstène — sûr à partir de 5 kW grâce à l’inertie du filament ; alimenté en continu, il ne scintille pas du tout.
- HMI — ballasts haute fréquence à 300 Hz ou 1 000 Hz, qui permettent de monter jusqu’à 1 000 images par seconde sans battement.
- LED — les projecteurs de cinéma ne scintillent pas tant qu’on ne les gradue pas. Le coupable est la gradation par modulation. On règle par la distance, la diffusion et les filtres neutres, jamais par le potentiomètre.
Une contrainte que personne ne mentionne : la chaleur
À 1 000 images par seconde, l’exposition dure une milliseconde. Le flux nécessaire chauffe. Or un mouvement en marche est un objet thermosensible : l’huile, l’amplitude du balancier et les dilatations réagissent. Sur nos tournages, cela se traduit par des sources froides à haut rendement, la lumière coupée entre chaque prise, et un horloger présent.
Une trajectoire validée au pas à pas, puis rejouée à pleine vitesse à cinq millimètres d’une pièce à 200 000 francs.
Le motion control est aussi un argument de gestion du risque
Le motion control n’est
pas un luxe.
Un éclairage qui fait vivre un cadran soleillé tue le verre saphir. Celui qui dessine le poli-miroir d’une corne écrase le satiné du bracelet. Il n’existe pas d’éclairage unique qui rende justice à une montre.
- Les passes de lumière. Une passe pour le cadran, une pour le verre, une pour le métal spéculaire, une pour le fond, une pour les drapeaux. Recomposées, elles produisent une image qu’aucune configuration unique ne peut donner. À un rapport 1:1, un écart de deux dixièmes de millimètre entre deux passes se voit.
- Les références. Une campagne ne porte jamais sur une montre, mais sur une gamme : acier et or, trois cadrans, deux bracelets. Le même mouvement rejoué à l’identique produit une bibliothèque strictement homogène. C’est là que la machine s’amortit, pas sur le plan hero.
- Le raccord avec la 3D. Le mouvement de caméra étant connu numériquement, il n’y a pas de recalage à faire : la caméra virtuelle est importée telle quelle.
La lumière : on ne l’éclaire pas,
on construit ce qui s’y reflète
Une surface polie n’a pas de couleur : elle affiche une image de son environnement. Éclairer une montre consiste donc à fabriquer l’environnement qui va s’y refléter — ce qui explique pourquoi un plateau horloger contient plus de cartons noirs et de diffusion que de projecteurs.
Le dégradé sur un cadran, cette signature du secteur, s’obtient avec une grande source douce placée très près, à angle rasant, coupée par un drapeau. Le noir est un outil aussi actif que la lumière. La polarisation croisée supprime les reflets, mais employée à fond elle rend un or 18 carats terne et mort : on la désaligne de quelques degrés.
Et il y a la part la moins glamour du métier. Comptez une demi-heure à une heure de nettoyage par pièce avant la première image. La lumière diffuse est flatteuse mais ne rend pas la matière ; la lumière directe rend la matière — y compris la poussière et les micro-rayures.
La 3D, et ce que
seul le tournage fait.
Une vue éclatée de mouvement est presque toujours en images de synthèse, parce qu’on ne démonte pas un calibre en marche sur un plateau. En revanche, un fichier CAO d’horloger n’est pas un objet prêt à rendre.
La CAO décrit une géométrie de fabrication, pas des états de surface. Elle ne contient ni les anglages, ni les chanfreins polis, ni la géométrie réelle des Côtes de Genève. Il faut re-modéliser, puis construire les matériaux : réflexion anisotrope orientée selon le sens du brossage pour l’acier satiné, matériau multicouche pour un cadran laqué, couche mince avec sa dérive colorimétrique pour l’antireflet, indice complexe mesuré pour l’or.
Le bon partage est simple : la 3D pour ce qui est physiquement impossible — l’éclatement, l’assemblage, la coupe. Le tournage pour tout ce qui doit inspirer confiance : la matière réelle, la lumière réelle, la main de l’horloger.
L’IA générative ne sait pas afficher l’heure de votre charte
Demandez à un générateur d’images une montre affichant 2 h 45. Il produira 10 h 10. Ses données d’entraînement sont saturées de cette position, et les chercheurs qui l’ont constaté reconnaissent ne pas savoir le corriger sans un ré-entraînement complet.
C’est un test amusant, mais il dit quelque chose de sérieux : une IA générative ne garantit ni la fidélité d’un logo, ni la géométrie d’un index appliqué, ni une gravure de lunette. Or c’est exactement ce qu’une maison ne peut pas déléguer.
Le marché l’a déjà arbitré. En décembre 2025, une vidéo générée par IA publiée par Valentino, pourtant signalée comme telle, a récolté des centaines de commentaires hostiles. Les études de Getty Images montrent que les consommateurs jugent une image générée moins précieuse — et que la transparence ne suffit pas à les convaincre.
Nous nous en servons pour le repérage, le storyboard et le versionnage. Jamais pour l’image produit finale.
Ce que ça coûte.
Entre 3 000 et 30 000 francs selon le dispositif. Nous publions ces montants parce qu’une conversation qui commence par un budget partagé va plus vite — et parce qu’aucun studio suisse ne publie ses tarifs sur ce segment.
Montants en francs suisses, hors achat d’espace.
En dessous de 10 000 francs, le motion control ne rentre pas
Un robot avec son opérateur coûte à lui seul entre 4 000 et 5 000 francs la journée en Suisse. Si le budget est en dessous, nous tournons autrement — sur banc titre, avec des passes manuelles et davantage de compositing. Le résultat est différent, et nous vous montrons la différence avant de commencer plutôt qu’après.
Ces montants ne sont pas ceux d’une campagne mondiale
Une campagne internationale avec réalisateur signature et droits monde se compte en centaines de milliers de francs, et c’est une agence de Genève ou de Paris qui la produira. Nous faisons le même travail technique — la même macro, le même motion control, la même exigence sur le métal et le saphir — sans la structure qui va avec. C’est notre proposition, et nous préférons l’énoncer que la laisser deviner.
Une seule diffusion de trente secondes sur la SRF pendant l’Euro coûte 70 000 à 95 000 francs.
Soit trois à cinq de nos films — pour une seule apparition à l’antenne
Comment nous travaillons
avec une maison.
Le livrable d’une campagne horlogère n’est jamais un film. C’est une matrice : N références × M formats × K marchés. Elle se verrouille avant le tournage, jamais après.
- Le vertical se tourne, il ne se recadre pas. Un plan macro en 16:9 recadré en 9:16 perd le bracelet ou coupe le boîtier. Soit le mouvement est écrit pour le vertical avec extraction du 16:9, soit on tourne deux passes — ce que le motion control rend presque gratuit une fois la machine installée.
- Les pièces arrivent assurées et repartent comptées. Certificat d’assurance avant remise, transport de valeurs, inventaire photographié à l’entrée et à la sortie. Un représentant de la maison est présent dès qu’il y a des pièces non lancées.
- L’accord de confidentialité est signé par toute l’équipe, y compris les indépendants et la post-production. Pas de téléphone personnel sur le plateau produit, stockage chiffré.
- Une pièce impeccable coûte moins cher qu’une pièce réparée en post. Une rayure sur une corne polie ne se retouche pas une fois : elle se retouche cent vingt-cinq fois pour cinq secondes. Et si elle se trouve dans un reflet mobile, aucun outil de suivi ne la propage. C’est une ligne de devis, pas une variable d’ajustement.
- Les validations prennent le temps qu’elles prennent. Marketing, produit, juridique, direction. Nous prévoyons trois à cinq rondes et nous les planifions dès la préparation, pour qu’elles ne mangent pas la date de diffusion.
- Swiss made engage juridiquement. Depuis 2017, la mention suppose qu’au moins 60 % des coûts de fabrication soient réalisés en Suisse. Un film de manufacture qui suggère une origine engage la maison — c’est pour cela que le service légal relit les commentaires et les cartons.
Questions fréquentes.
Combien coûte un film pour une marque horlogère en Suisse ?
Chez Klap Studio, entre 3 000 et 30 000 francs. Un packshot animé d’une référence se situe entre 4 000 et 8 000 francs, entre 10 000 et 20 000 avec motion control. Un film produit ou de brand content entre 8 000 et 18 000 francs. Un film de manufacture entre 12 000 et 30 000 francs et au-delà selon l’ampleur. Une séquence 3D de vue éclatée entre 6 000 et 15 000 francs. Au-delà, on entre dans le territoire des campagnes internationales, qui se comptent en centaines de milliers de francs et se produisent en agence.
Quelle cadence faut-il pour filmer un échappement ?
Environ 1 000 images par seconde. Un calibre à 28 800 alternances par heure bat à 4 Hz, soit une alternance toutes les 125 millisecondes ; à 1 000 images par seconde on obtient 125 images par alternance, soit un ralenti d’un facteur 40. À 240 images par seconde, on lit l’amplitude du balancier mais pas le contact de l’échappement.
Pourquoi le motion control est-il nécessaire en horlogerie ?
Parce qu’aucune configuration de lumière unique ne rend justice simultanément au cadran, au verre saphir et au métal poli. On tourne plusieurs passes avec des éclairages différents et on les recompose, ce qui exige que la caméra rejoue exactement le même mouvement. Il permet aussi de décliner une gamme entière de références avec un mouvement rigoureusement identique.
Peut-on utiliser l’IA générative pour une campagne horlogère ?
Pas pour l’image produit. Une IA générative ne garantit ni la position d’aiguilles imposée par la charte, ni la fidélité d’un logo, d’un index appliqué ou d’une gravure. Elle est en revanche utile en préparation — repérage, storyboard, prévisualisation — et pour le versionnage des formats.
Combien de temps prend une production horlogère ?
Comptez deux à quatre semaines de préparation, deux à cinq jours de tournage selon le nombre de références, et quatre à huit semaines de post-production en incluant les cycles de validation. Le calendrier réel est presque toujours dicté par l’embargo d’un salon.
Où êtes-vous situés ?
À Bienne, Rue du Marché 29, au centre de l’arc horloger suisse. Nous travaillons en français, en allemand et en anglais, dans toute la Suisse et en Europe.
parlons de votre prochaine pièce.
